Mon Amour,
Il y a deux mois à peine, dans cette même église, nous étions réunis pour célébrer un moment de bonheur : nos vingt ans de mariage. Elle était là, rayonnante, le regard doux, la main dans la mienne. Nous avions ri, chanté, partagé. C’était une journée pleine de lumière, à son image. Et aujourd’hui, je me tiens ici, dans ce même lieu, le cœur en lambeaux, pour lui dire au revoir. Elle avait grandi dans les vergers, depuis son plus jeune âge. Là-bas, entre les arbres fruitiers, elle avait appris à cueillir la vie avec patience et délicatesse. Elle savait reconnaître les saisons du cœur comme celles de la nature. Chaque geste qu’elle posait semblait venir de cette terre nourricière : offrir, soigner, aimer. Quand la maladie est venue, il y a trois ans, elle n’a pas fermé son panier. Au contraire, elle l’a rempli de moments précieux. Elle a commencé à croquer les pommes de la vie, une à une, avec appétit, avec audace. Elle a décidé de savourer chaque instant : les rires de nos enfants, les repas partagés, les visites des amis, les silences complices. Et puis, il y a eu ce voyage à New York. Pas vraiment prévu, un peu fou, inoubliable. Elle est partie comme on part à l’aventure, avec cette énergie qui la rendait unique. Elle voulait voir les lumières, vibrer au rythme de la ville, s’émerveiller, rire, vivre. Et elle l’a fait. Elle est revenue avec des étoiles dans les yeux, des souvenirs plein le cœur, et cette joie contagieuse qu’elle savait si bien partager. Il y a eu aussi les concerts avec les enfants, ces moments de musique et de complicité, où elle chantait, dansait, riait. Et bien sûr, les matchs du RC Strasbourg, son club de cœur. Elle vibrait dans les tribunes, criait avec les enfants, partageait cette passion comme une fête. Même affaiblie, elle tenait à y aller. Parce que pour elle, chaque moment comptait. Chaque instant était une victoire sur la maladie. Elle a vécu ces trois dernières années comme une moisson d’amour. Et puis, un jour, elle a vidé son panier. C’était le jour de la Saint-Amour. Ce jour-là, elle a mangé sa dernière pomme. La plus belle. Celle qu’elle avait gardée pour la fin. La pomme d’Amour. Dans ce geste, il y avait tout : la paix, la gratitude, l’offrande. Elle nous a laissé son amour comme un fruit éternel, que nous porterons en nous, toujours. Alors aujourd’hui, je ne dis pas adieu. Je dis merci. Merci à toi, mon amour, pour chaque regard, chaque mot, chaque silence partagé. Merci pour ta force, ta tendresse, ton rire qui résonne encore dans nos murs. Tu nous as appris à vivre, vraiment. À ne pas attendre demain pour dire « je t’aime », pour serrer fort, pour regarder le ciel. Tu n’es plus là où tu étais, Mais tu es partout où nous t’aimons. Et avec tous ceux qui t’ont aimée, je te rends hommage. Je te garde en moi, pour toujours.
À bientôt, mon Amour.
Puisque tu pars…